L’art lumino-cinétique

Une branche de l’art cinétique où la lumière n’éclaire pas l’œuvre : elle en est la matière. Néons, ampoules programmées et projections animées, chez des artistes qui ont fait de l’électricité un outil de sculpteur.

MIS À JOUR LE 22/09/2026 PAR LA FONDATION CHERQUI

Qu’est-ce que l’art lumino-cinétique ?

L’art lumino-cinétique désigne les œuvres où la lumière n’éclaire pas : elle constitue la matière même de la pièce, et elle est en mouvement.

La nuance est importante. Un tableau accroché sous un projecteur reste un tableau. Ici, si vous coupez le courant, il ne reste rien : un caisson de plexiglas, des ampoules éteintes, un moteur immobile. L’œuvre n’existe que branchée.

C’est une branche de l’art cinétique, apparue au même moment et pour la même raison : ces artistes voulaient un art qui se déroule dans le temps plutôt qu’un objet fixe. L’électricité leur offrait un mouvement continu, silencieux et programmable.

Comment ces œuvres fonctionnent

Les boîtes lumineuses

Un caisson fermé, des éléments réfléchissants entraînés par un petit moteur, une source lumineuse à l’intérieur. Les reflets se démultiplient sur les parois et produisent un mouvement continu, qu’on regarde comme de l’eau qui bouge. Martha Boto en a fait sa spécialité.

Les architectures programmées

Des structures en plexiglas garnies d’ampoules colorées qui s’allument selon des séquences réglées. Selon le rythme du cycle, la même pièce donne une impression de profondeur, de pulsation ou de dérive. Gregorio Vardanega a poussé loin ce travail.

Les projections

La lumière traverse ou heurte des éléments en rotation, et dessine sur les murs des figures qui se déforment sans fin. L’œuvre n’est plus l’objet : c’est ce qu’il projette autour de lui. Mathilde Pérez a consacré son travail à ces dispositifs.

Le néon

Gyula Kosice est l’un des premiers, dès la fin des années 1940, à employer le tube de néon comme matériau de sculpture. À l’époque, c’est un matériau de commerçant, pas d’artiste.

À VOIR À LA FONDATION

Gyula Kosice

Pintura, 1947

Kosice fait entrer le néon et l’eau dans la sculpture à une époque où ces matériaux appartenaient à l’enseigne commerciale, pas au musée.

La fiche de l’artiste

Une spécialité de la collection Cherqui

La Fondation Cherqui se définit comme musée d’art lumino-cinétique. Ce n’est pas une formule : cette famille d’œuvres occupe une place centrale dans la collection, ce qui reste rare en Europe.

Trois artistes de l’exposition permanente en relèvent directement. Gregorio Vardanega, pionnier des architectures de lumière programmées. Martha Boto, dont les boîtes motorisées produisent des mouvements qui ne se répètent jamais tout à fait. Mathilde Pérez, figure de l’art cinétique chilien, venue à Paris travailler les projections et les ombres portées.

S’y ajoutent Miguel Chevalier, qui prolonge cette recherche avec les moyens du numérique, et l’exposition Hors Limites, qui couvre les façades du bâtiment d’œuvres lumineuses pendant la saison d’automne.

À VOIR À LA FONDATION

Gregorio Vardanega

Architectures de lumière

Des structures de plexiglas où des ampoules colorées suivent des cycles programmés : la lumière n’éclaire pas l’œuvre, elle est l’œuvre.

La fiche de l’artiste

Le problème de la conservation

Ces œuvres posent aux musées une question que la peinture ne pose pas. Les ampoules grillent, les moteurs s’usent, certains composants électroniques des années 1960 ne se fabriquent plus nulle part.

Faut-il remplacer une pièce d’origine par une reproduction, au risque de modifier l’œuvre ? La laisser s’éteindre définitivement, au nom de l’authenticité ? Chaque institution tranche différemment, et le débat reste ouvert.

C’est aussi pour cette raison qu’une visite compte. Ces pièces se voient en fonctionnement, ou ne se voient pas du tout.

Questions fréquentes

Lumino-cinétique et cinétique, quelle différence ?

Le lumino-cinétique est une branche de l’art cinétique, celle où la lumière est le matériau en mouvement plutôt qu’un éclairage. Toute œuvre lumino-cinétique est cinétique ; l’inverse n’est pas vrai.

Est-ce la même chose que l’art numérique ?

Non, mais il y a filiation. Le lumino-cinétique est mécanique et électrique : des moteurs et des ampoules suivent des cycles réglés. L’art numérique calcule son mouvement en temps réel. Les deux poursuivent la même idée avec les outils de leur époque.

Ces œuvres sont-elles fragiles ?

Oui, plus que des peintures. Les ampoules grillent, les moteurs s’usent, certains composants des années 1960 ne se fabriquent plus. Leur conservation pose des questions inédites : remplacer une pièce d’origine, est-ce encore la même œuvre ?

Les artistes, dans la collection

Cinq mille œuvres. Mille mètres carrés. À vingt minutes de Châtelet.

La collection se visite librement, à votre rythme, dans les anciens laboratoires de Jean Cherqui.

Fondation Cherqui
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