02 ŒUVRES MONUMENTALES
Trois œuvres qui ne partiront pas
La plupart des pièces d’une collection circulent : elles sont prêtées, décrochées, remplacées. Trois œuvres de la Fondation Cherqui font exception. Elles ont été conçues pour ces murs et font partie du bâtiment.
01 Thomas Canto
La salle dédiée
Thomas Canto n’a pas accroché une œuvre dans une salle : il a conçu la salle elle-même. Les lignes peintes et les fils tendus prolongent la structure du bâtiment, jusqu’à donner à un volume parfaitement immobile une impression d’élan.
L’effet dépend entièrement de l’endroit où l’on se tient. Depuis l’entrée, les tracés semblent converger vers un point de fuite ; en avançant, ce point se déplace et la géométrie se recompose. C’est de l’art cinétique au sens le plus strict : rien ne bouge, sauf le spectateur.
02 Jesús-Rafael Soto
Le mural historique
Soto a passé sa vie à faire vibrer des surfaces planes. Son procédé consiste à superposer des trames régulières légèrement décalées : l’œil ne parvient pas à les stabiliser, et la surface se met à trembler.
Le mural conservé à la Fondation applique ce principe à l’échelle d’un mur entier. C’est une pièce historique, du maître vénézuélien qui a inventé les Pénétrables, ces volumes de tiges suspendues que l’on traverse physiquement.
03 James Irvine
Le vitamin bar
C’est la pièce qui déroute le plus les visiteurs, parce qu’on ne sait pas immédiatement dans quelle catégorie la ranger. Mobilier ? Installation ? Le designer anglais James Irvine, passé par le studio d’Ettore Sottsass avant de diriger la création chez Thonet, a laissé là un objet qui refuse de trancher.
Sa présence dans une collection d’art optique n’est pas un hasard : le design italien des années 1980 et l’abstraction géométrique partagent le même goût pour la forme pure et la couleur franche.
Et sur les façades
L’exposition Hors Limites prolonge cette logique à l’extérieur : plus de trois cent cinquante mètres carrés de murs accueillent des œuvres monumentales renouvelées deux fois par an, peintes au printemps, lumineuses à l’automne.
Cinq mille œuvres. Mille mètres carrés. À vingt minutes de Châtelet.
La collection se visite librement, à votre rythme, dans les anciens laboratoires de Jean Cherqui.