Madí, ou le jour où le tableau est sorti de son cadre
Buenos Aires, 1946. Quelques artistes décident que le rectangle n’est pas une fatalité. Sans eux, l’art cinétique n’aurait sans doute pas existé.
On croit souvent que l’art cinétique est né à Paris en 1955, avec l’exposition Le Mouvement de la galerie Denise René. C’est vrai pour le nom et la reconnaissance. Mais la décision qui a rendu ce courant possible avait été prise neuf ans plus tôt, à Buenos Aires.
Abandonner le rectangle
En 1946, le mouvement Madí se constitue autour de Carmelo Arden Quin et Gyula Kosice. Leur geste tient en une phrase : un tableau n’a aucune raison d’être rectangulaire. Le châssis se découpe, devient irrégulier, articulé, parfois mobile.
Cela paraît anodin aujourd’hui. C’était une rupture. Jusque-là, la forme extérieure de l’œuvre était un cadre neutre, un contenant. Elle devient un élément de la composition, au même titre que ce qui est peint dessus.
Des matériaux d’industriel
Les artistes Madí emploient ce que leur époque fabrique : plexiglas, tubes de néon, métal. Kosice est l’un des premiers à faire du néon un matériau de sculpture, à la fin des années 1940, quand cela relevait encore de l’enseigne commerciale. Il introduit aussi l’eau en mouvement dans ses pièces.
De Madí au cinétique
En posant ensemble la question de la forme, du mouvement et de la manipulation, ces artistes ont ouvert la voie. Beaucoup viendront ensuite s’installer à Paris, où ils croiseront l’abstraction géométrique européenne : Arden Quin en 1948, Julio Le Parc en 1958, Martha Boto et Gregorio Vardanega dans la même période.
C’est ce qui explique la physionomie de la collection Cherqui, dont le noyau est largement latino-américain. Elle conserve un ensemble important d’œuvres Madí et d’Arte Concreto Invención, rarement visible ailleurs en Europe.
Les pièces d’Arden Quin et de Kosice conservées à la Fondation datent des années 1945 à 1951.